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Un « coup de barre » s’impose!
La santé et l’éducation sont incontestablement les services publics auxquels notre société accorde le plus d’importance. Malheureusement, ce sont aussi des milieux de travail difficiles pour les gens qui y oeuvrent, des secteurs qui peinent à attirer de nouvelles recrues et qui éprouvent des problèmes de rétention de leurs personnels. Et ces difficultés risquent de s’aggraver dans l’avenir si on ne s’attaque pas aux conditions qui sont à leur source.
Ainsi, une recherche effectuée par l'École nationale d'administration publique (ENAP) auprès du personnel enseignant membre de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) révèle que près de la moitié des enseignants (47%) vivent de l'anxiété en raison principalement de la charge élevée de travail, des difficultés liées au maintien de la discipline en classe, et des difficultés relationnelles avec les directions. Un enseignant sur trois vit des conflits travail-vie personnelle en raison du stress engendré par les problèmes rencontrés dans son travail. Si rien n’est fait pour améliorer la situation, le Québec se prépare des lendemains difficiles au chapitre de l’éducation puisque, selon l’étude, près du quart de l’ensemble des professeurs manifestent leur intention de quitter la profession d'ici cinq ans. Or, parce qu’on peine à trouver le personnel qualifié requis dans plusieurs disciplines, nos écoles, comptaient en 2007-08, 2345 enseignants sans permis, six fois plus que cinq ans auparavant. À ce rythme, on court vers la catastrophe.
Mais la détresse au travail ne se limite pas au secteur de l’éducation. Ce mal frappe également le secteur de la santé et des services sociaux. Selon une étude menée en 2008 au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières par des chercheurs de l’Université Laval, près de la moitié des employés oeuvrant auprès des patients souffraient d’une détresse psychologique élevée due à la surcharge de travail. Des problèmes qu’on retrouve dans la plupart des établissements du réseau de la santé. Non seulement a-t-on, là aussi, de plus en plus de difficultés à recruter du personnel, mais pire, on peine à retenir ceux et celles qui y sont déjà. Ils et elles sont de plus en plus nombreux à quitter les établissements publics pour œuvrer dans les agences privées où, pourtant, il n’y a ni sécurité d’emploi ni régime de retraite, ces «privilèges» dont bénéficieraient les employés du secteur public.
Tout cela explique l’augmentation fulgurante de l’absentéisme au travail et les congés de maladie longue durée liés à des troubles mentaux tant en éducation qu’en santé, une situation qui accentue la pression et accroît la tâche pour ceux qui restent. On se retrouve par conséquent en face d’un cercle vicieux où des conditions de travail difficiles engendrent des absences plus ou moins longues qui, à leur tour, contribuent à détériorer les conditions de travail.
Les spécialistes s’accordent sur le fait que les métiers les plus à risque en ce qui concerne l'épuisement professionnel (burn-out) sont ceux qui font appel à l’empathie, une disposition qu’on retrouve généralement chez les gens qui ont choisi de travailler en éducation ou en santé. Et ce sont souvent les gens les plus impliqués et les plus dévoués qui présentent le plus de risques de flancher en raison de l’écart entre ce qu’ils voudraient faire et les moyens dont ils disposent pour le faire.
Dans ce contexte, on comprendra que les négociations dans le secteur public en cours constituent l’occasion de « donner un coup de barre » pour véritablement améliorer la qualité de vie au travail et faire de la santé et de l’éducation des secteurs d’emploi aptes à retenir et recruter une main-d'œuvre dévouée et compétente. La pire erreur qu’on pourrait faire serait de limiter le débat à la question des finances publiques et d’oublier que dans les actuelles négociations, c’est aussi la qualité des services, au premier chef en santé et en éducation, qui se joue.
Luc Dufresne et Jean-Claude Landry
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